Les Péruviens pleurent devant une telenovela turque

Comment fait-on une géographie des idées ? Des saveurs ? Des sentiments ?

Nous allons demander aux Péruviens. Ils sont des centaines de milliers, voire des millions à suivre, les yeux rougis par les larmes, une histoire qui se passe… dans le Bosphore turc. Quelle histoire ? Un homme qui se fait menacer par un autre homme au pistolet. Et entre les deux gaillards, une jeunette en larmes : « Si tu m’aimes, ne le tue pas. »

Tel est le ressort de Fatmagül, série turque qui succède à une autre série turque, Les Milles et Unes Nuits, diffusée pour la première fois au Pérou il y a quelques mois. La fiction turque s’est faite remarquer au Venezuela et en Colombie. Un des signaux ? Des milliers d’enfants ont pris les prénoms de Onur et Shéhérazade.

Ainsi, comme les Européens au XVIIIe siècle, les Péruviens et les Chiliens s’entichent des « turqueries ». Elles ne sont pas chères sur le marché des telenovelas. Elles ont été introduites en douce au milieu de la nuit, avant d’être avancées du fait d’audiences record, comme celle qui toucha les Mille et unes nuits.

Tous les pays voisins ont acquis Fatmagül et Les Mille et unes Nuits.  Rien de profondément scandaleux dans cette histoire à la Cendrillon, jeune fille malatraitée par une marâtre qui se défait de ce pseudo esclavage par l’amour. Fatamagül n’est pas une bluette  : la jeune fille s’y fait violer par plusieurs inconnus. Et pour ne pas s’attirer les foudres de la société, elle doit se marier avec l’un de ses violeurs qui devient, in fine, un amant.

Des psychologues mettront en avant le furieux machisme des Latinos qui ne sont pourtant pas musulmans comme les Turcs. Mais ils partagent cette même culture d’un certain mépris des femmes qui savent les conquérir par les sentiments. Comme dans de nombreux happy ends de films nord-américains. Les téléspectatrices, paraît-il, adorent. Que font les women studies ?

Les séries turques usent des mêmes procédés que les soap operas qui adoucissent la brutalité des comédies policières. Les producteurs latinos avaient oublié que le narco-trafic qui empiétait dans ces soaps operas avait fini par rebuter les spectateurs. Pourtant, le Pérou était surtout spécialisé dans les comédies. Alors, pourquoi cette invasion soudaine de produits turcs ? C’est la loi du marché qui répond : 4000 dollars l’épisode tourné au bord du Bosphore, c’est incomparablement moins cher que les 20 000 dollars des productions locales. Cela va-t-il durer ou est-ce un effet de mode ? Bien malin qui pourrait le dire aujourd’hui.

 

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