Manuel Valls géographe : « La France, ses paysages, ses reliefs »

On savait que le premier ministre Manuel Valls était un cancre en géographie lorsqu’il ne savait pas situer la Réunion dans l’océan Indien. Il n’a pas eu l’occasion d’y aller faire campagne pour éteindre le Piton de la Fournaise mais il y fera bien un jour le pompier.

On avait surpris le même homme politique s’absenter d’un congrès à La Rochelle pour un match à  Berlin qui, comme chacun sait, se trouve aussi en Charente-Maritime, puisqu’il n’avait pas évalué la distance entre le grand cirque du congrès socialiste et le stade berlinois (1500 km tout de même !).

Cette semaine, à Sciences Po, on a pu vérifier l’étendue des dégâts de l’enseignement de la géographie à Paris-1 où le jeune Manuel a préparé un diplôme d’histoire (avec un zeste de géographie). C’était le début des années 1980. Des géographes qui œuvraient aussi à l’ENS de Fontenay-Saint-Cloud y apprenaient aux étudiants que la coupe géologique de la Montagne de Reims était plus importante que les routes de foires pour expliquer la saveur d’une coupe de champagne.

La France comme un être physique

La France comme un être physique

A Sciences-Po donc, Manuel Valls planchait devant les étudiants sur le thème de la réforme administrative. Rendant de manière subliminale hommage à la France qui l’a naturalisé en 1982, il évoque dans un discours « convenu et sans aspérités » selon le Monde qui y était,  les chances de la France : « La France est un grand pays » avec « ses paysages, ses reliefs et son climat tempéré ». Bigre !

De tous les coups de gueule d’Yves Lacoste tonnant que la géographie sert à faire la guerre, jusqu’aux chorèmes de Roger Brunet et à l’espace vécu d’Armand Frémont, voire au « tournant géographique » de Jacques Lévy (arrivé plus tard sur la scène) sans parler de la montagne de livres accouchée par Paul Claval, tout ceci donc n’aura donc pas fait avancer d’un pouce la conception que le grand public (et Manuel fait partie de ce que les chercheurs appellent avec générosité « le grand public ») se fait de la géographie.

Si on n’a pas écouté l’exposé de Valls, on ne peut pas comprendre combien une image erronée de la France circule en boucle dans les médias. Je passe sur les statistiques sur le chômage, les morts sur les routes, les quartiers et les Champs-Elysées, le climat, ses tempêtes et le méthane au cul des vaches, les bouchons de la Toussaint et ceux des juillettistes croisant les aoûtiens. Je passe sur les cartes de démographie si difficiles à expliquer à celles issues des urnes non moins « cotons ».

Mais cette vision de la France fabriquée par certains géographes sur la France des reliefs (en lien avec les paysages) laisse pantois. Que des hommes politiques du niveau d’un chef de gouvernement chantent sur l’air du Général de Gaulle la « grandeur » de la France par ses reliefs et son climat tempéré me fait penser comme feu Pierre Gentelle, que pour un si piètre résultant, il faut tout simplement faire disparaître la géographie des écoles, collèges et lycées. Michel Lussault qui vit sous le fardeau des programmes après avoir porté le fardeau de la géographie scolaire pourrait retrouver du temps pour faire prospérer son Dictionnaire de la géographie dans les amphis.

On a déjà remis les paysages dans programmes depuis deux décennies. Un peu de patience. Les reliefs pourraient y revenir après la COP21. On sablera le champagne qui, comme l’écrivent les élèves, « pousse sur les cuestas ». Le tour sera joué, Manuel Valls pourra être proclamé docteur honoris causa de l’université Paris-1.

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Manuel Valls, câlinothérapeute des territoires

Pour en savoir plus sur l’épisode Valls à Sciences Po

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2 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

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  1. ARARAT

    Désolée de vous décevoir, mais personne ne sait ce qu’est une cuesta parmi les étudiants, les cours de géomorpho de l’Institut de Géo des années 70 ont vécu..
    Votre ami Directeur des programmes doit bien savoir qui a sabordé à ce point la géographie dans notre système éducatif! Ouvrez un manuel de 5 ème et vous serez édifié, des problématiques délirantes, sans connaissances préalables et repérage à l’ancienne, certains élèves , assez nombreux dans certaines classes,ne distinguent même pas les masses continentales des océans.Une terminologie pédante, frisant la phraséologie, peu adaptée à un public très hétérogène ont raison de l’intérêt des élèves pour la géo
    Quant à ce blog, il en sera un lorsque ce ne sera pas toujours les mêmes qui posteront un commentaire, à savoir une ou deux personnes, qui affrontent les commentaires des auteurs, mais aucun autre, et c’est étrange.
    Tout le monde n’est pas chercheur en géographie, ce qui ne veut pas dire ignorant, sans passé géographique, sans même parler de diplômes ou de concours préparés, autodidactes compris. La géographie, ça peut commencer très tôt pour certains, comme la philatélie jadis ou toute autre passion. Moi je me trimballe partout avec soit un poche soit avec un atlas de chez autrement, souple et fin,facile à transporter, en ce moment c’est l’atlas de la Russie et celui du Japon qui me passionnent. A quand celui du monde perse (Iran méprisé pendant des décennies, si méconnu) de son influence ancienne mais grandissante au Moyen-Orient et en Asie centrale?
    On ne peut pas dire que les commentateurs se bousculent au portillon en attendant et ça c’est vraiment dommage car certains articles sont remarquables.

    Publié le 8 novembre 2015 à 01:11
    • Gilles Fumey

      « Le champagne pousse sur les cuestas » est une de ces perles que j’ai glanées dans les années 1980 lorsqu’on enseignait encore le relief au collège.
      On va faire un article sur l’Iran, vous avez raison, quel pays !

      Publié le 8 novembre 2015 à 09:20
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