L’envers du foie gras, l’enfer des canards

Pendant que les Français pensent se requinquer d’une année éprouvante, c’est l’épouvante dans le monde animal de certaines provinces du royaume. Des  vidéos circulent à la vitesse de la lumière sur les réseaux sociaux qui pointent des conditions de production devenant, d’année en année, inacceptables pour un nombre de mangeurs qui ne cesse de grandir. Les Californiens qui nous apprennent à éviter les taxis, les hôtels, les agences de voyages, les cafés que des plates-formes numériques sont en train de mettre à terre, s’attaquent à une autre forteresse française : le foie gras.

Foie gras gastronomiqueLe foie gras au pays de Ducasse n’est pas un sujet cocasse. C’est un pilier gastronomique bâti, principalement à partir du 19e siècle et que l’industrie agroalimentaire attirée par les profits, a investi avec les méthodes qui lui ressemblent. Le journaliste Gregory Schwartz dans son article paru ce matin Le supplice de Noël pointe d’autres régions que le Sud-Ouest et l’Alsace équipées pour produire du foie gras : les Pays de Loire auxquelles j’ajouterai le Poitou et l’inévitable Bretagne industrielle. De la région de Nantes  nous vient une des deux vidéos tournées ce mois de décembre qui fait bondir Gregory Schwartz : « Aux mâles sera réservé le privilège d’avoir le bec tranché au moyen d’une pièce de métal incandescente, avant de subir un deuxième supplice, celui du gavage. Détachement glacial des employés chargés de la besogne, rythme implacable des mécanismes qui trient, broient ou brûlent les oisillons nés du jour. »

Foie gras sans gavagae forcéOn ira chercher Philippe Descola pour expliquer, une fois encore, comment l’Occident s’est arrogé depuis quatre siècles un pouvoir sur la nature ayant dépassé les bornes de la domestication telle que l’homme l’avait conçue initialement. Ce qu’on a appelé le spécisme. On ira aussi chercher les adeptes d’un nouveau contrat avec la nature, qui passe par des pratiques agricoles renouvelées, tant dans la production de végétaux que celle de produits animaux pour comprendre cette colère. D’autant qu’il existe des méthodes d’obtention du foie gras sans gavage forcé (photo).

Ce qui est sûr, c’est qu’à l’instar des violences qu’on pratique des êtres humains, les violences à l’égard des animaux ne sont plus tolérées par de plus de plus de mangeurs. Ceux-là même pour qui le spécisme est aussi inacceptable que le racisme et le sexisme. Et pour qui il serait plus urgent de s’attaquer aux échecs de l’industrie agroalimentaire à nourrir correctement 7 milliards d’humains plutôt qu’à laisser perdurer des pratiques d’élevage jugées barbares.

foiegras« En attendant, résonnera une fois ­encore sur la table du réveillon le hurlement étouffé des 60 milliards d’animaux terrestres qui, chaque ­année, sont arrachés à leurs mères, torturés, électrocutés, gazés, égorgés, dépecés, au nom de fugaces plaisirs et de la défense d’intérêts économiques. Il est grand temps que les pouvoirs publics, au-delà de mesures cosmétiques, aient au moins ­la décence de se pencher sérieusement sur les questions de l’élevage, du végétarisme et du statut des animaux », conclut Gregory Schwartz.

Un débat qui dépasse de loin la seule guerre que la Californie déclare au monde avec ses idées iconoclastes et le Nouveau Monde dont elle n’a jamais cessé de rêver depuis les missions franciscaines et les ruées vers l’or. Alors Hippocrate, « sommes-nous toujours ce que nous mangeons ? »

 


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  1. ARARAT

    What you eat you are,the Beatles, remember…Je viens de la préparer ma terrine de foie gras, mais, comme les cuistots, j’en suis écoeurée et j’en mangerai peu. Les canettes poussins sont éliminées car leur foie est trop petit, on ne garde que les mâles, alors que ce sont les poussins poulets qui sont éliminés, puisqu’ils ne pondront pas d’oeufs,
    hop direct à la broyeuse, vifs.
    Production de masse, dégâts collatéraux. Bon appétit et que PETA nous préserve de ses foudres un brin excessifs!

    Publié le 23 décembre 2015 à 10:13
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