Pourquoi une bombe H en Corée du Nord?

Photo d'un écran de télévision diffusant des programmes norsd-coréens et annonçant le "succès" d'un nouvel essai nucléaire par Pyongyang, mercredi 6 janvier. (AP Photo/Ahn Young-joon) Ahn Young-joon / AP Source: le Monde

Photo d’un écran de télévision diffusant des programmes norsd-coréens et annonçant le « succès » d’un nouvel essai nucléaire par Pyongyang, mercredi 6 janvier. (AP Photo/Ahn Young-joon) Ahn Young-joon / AP
Source: le Monde

L’annonce a été faite avec emphase le 6 janvier: la Corée du Nord aurait réussi à faire exploser une bombe à hydrogène. Aurait, car rien n’est moins sûr dans ce pays où information rime avec altération.

Mais pourquoi cette volonté acharnée de devenir une puissance thermo-nucléaire? Certes, la Corée du Nord s’est inventé des ennemis comme la Corée du sud et le Japon, qui s’inquiètent de ces essais militaires. Mais au-delà de ce cercle proche, qui la Corée du Nord veut-elle menacer?

Le club des pays détenteurs de la technologie de la bombe à hydrogène est extrêmement fermé: USA, Russie, France, Royaume Uni, Chine. L’Inde aurait également réussi à fabriquer ce type de bombe, mais les connaisseurs en doutent à cause de la signature sismique de l’explosion.

Ce type de bombe a peu de chance d’être réellement utilisé, mais c’est une arme si destructrice qu’elle sert d’abord à faire peur. Et c’est certainement ce que recherchent les nord Coréens. Ou encore les Indiens par rapport aux Pakistanais. C’est un signe qui montre que le pays a la capacité technique de fabriquer l’arme absolue, le nec plus ultra de la machine de mort. Il y a donc quelque chose de très vaniteux là-dedans, presque puéril, un joujou spectaculaire, inutile et dérisoire, mais terrifiant. Et c’est cette dernière caractéristique qui l’emporte. En ces temps de COP21 et de bonnes résolutions mondiales, cela fait un peu tache, il faut reconnaître…

C’est aussi un magnifique instrument de pression diplomatique, politique et économique. L’aspect militaire arrive bon dernier.

Essais nucléaires dans le monde, d'après Le Cartographe

Essais nucléaires dans le monde, d’après Le Cartographe

Mais un aspect fascinant des armements nucléaires est précisément leur géographie: les lieux des essais sont presque toujours des lieux reculés, inaccessibles et soustraits du monde. C’est préférable.

Cactus Dome, île Runit, atoll d'Enewetak. Vue aérienne. En 1977-1980 le cratère créé par le test nucléaire américain Cactus de l'opération Hardtack I a été utilisé pour enfouir 84.000 mètres cubes de sol radioactif provenant des îles contaminés de l'atoll. Le Cactus Dome est un dôme de béton recouvrant les déchets.

Cactus Dome, île Runit, atoll d’Enewetak. Vue aérienne. En 1977-1980 le cratère créé par le test nucléaire américain Cactus de l’opération Hardtack I a été utilisé pour enfouir 84.000 mètres cubes de sol radioactif provenant des îles contaminés de l’atoll. Le Cactus Dome est un dôme de béton recouvrant les déchets. Source: Wikipedia

Les USA ont commencé dans le désert du Nevada, et pour la bombe thermonucléaire, l’île d’Eniwetok, dans le Pacifique. Un dôme a été construit pour réunir les déchets des essais accumulés.

Carte des essais nucléaires en Nouvelle Zemble, d'après le site Le Cartographe

Carte des essais nucléaires en Nouvelle Zemble, d’après le site Le Cartographe

Les trois sites connus d'essais nucléaires soviétiques. Le site C correspond aux essais de bombe H

Les trois sites connus d’essais nucléaires soviétiques. Le site C correspond aux essais de bombe H

L’URSS a utilisé des sites sur la Nouvelle Zemble pour ses essais de bombe H, un archipel inhospitalier, au sol raclé par les glaces et la neige. Ils ont également utilisé le site de Semipalatinsk, en Asie centrale.

Les Français, avant l’indépendance de l’Algérie, ont utilisé les sites de Reggane et In Ecker, dans le Sahara.

Les Britanniques ont dû faire leur essais loin de leur territoire métropolitain, en Australie, dans le Pacifique ou même aux États Unis.

Les Chinois, quant à eux, ont utilisé le Lop Nor, près du Takla Makan, à l’ouest du pays. Les Indiens à Pokharan, dans le désert du Thar.

A chaque fois, on a choisi les déserts humains. Enfin presque, car il y avait souvent des populations que l’on a dû déporter afin d’y mener les essais sans problème. Et bien entendu, les radiations résiduelles on rendu ces sites particulièrement dangereux pour la santé. Mais qui s’en soucie vraiment?

Chronogramme des essais nucléaires. Source: le Cartographe

Chronogramme des essais nucléaires. Source: le Cartographe

Étrangement donc, ces lieux de déréliction ont accueilli la destruction ultime, tout ceci pour conforter les pouvoirs en place dans leur volonté de démontrer au reste du monde leur puissance et leur capacité de destruction. Les traités de non-prolifération et d’interdiction des essais sont intervenus bien après la grande période d’expérimentation. La Corée du Nord fait donc un peu figure de fossile, mais pas tant que ça si l’on songe à la longueur et l’âpreté des négociations avec l’Iran. Omnia vanitas…

En une: le site des essais nucléaires nord-coréens, Punggye-ri, au NE du pays.

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  1. Pierre Chabat

    Bonjour Monsieur Brice Gruet,
    Commentaire « H » chaud.
    L’invention des bombes « atomiques » n’est-elle pas, à l’origine, un moyen de dissuader l’agression meurtrière de puissances nuisibles, et en tous cas de pouvoir la stopper nette. Par altération de l’idée, les puissances meurtrières souhaitent bien évidemment l’acquérir pour assoir leurs appétits de conquêtes. Ainsi d’une logique de préservation on passe allègrement à celle de guerre et de destruction, ce qui est tout l’inverse de l’objet. C’est en tous cas, compte tenu des prétentions agressives de ses dirigeants, le cas de la Corée du Nord, qui préfère définitivement se doter de ce procédé plutôt que de suçoir, à coût égal, au bien être de ses populations. Ce choix insensé n’appartient désormais plus qu’à un petit nombre de dictateurs déments, dont l’intellect féodal les contraint à demeurer loin du monde, et des préoccupations planétaires actuelles. Mais puisqu’il s’agit ici de la construction de bombes « H » (H pour Hydrogène) réputées limiter la prolifération de produits radioactifs lors de leur utilisation, contrairement aux bombes « A », on peut tout de même se « féliciter » que se pays montre ainsi son « désire de protection de l’environnement », et justifie un peu son adhésion aux résolutions de la COP 21.
    Je crois cependant, qu’à vouloir construire la possibilité de détruire, c’est, plutôt que de grandir on rétrécisse, au point de finir avec l’atome totalement « atomisé ».
    Bien cordialement
    Pierre Chabat

    Publié le 8 janvier 2016 à 09:50
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