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Jacaré, Rio de Janeiro

Vue de la favela de Jacaré, Rio de Janeiro, d’après le site http://www.anf.org.br/ (AGÊNCIA DE NOTÍCIAS DAS FAVELAS)

Geographica avait publié un portfolio sur la favela de Jacaré, à Rio de Janeiro, en octobre 2013, soit pendant les travaux de préparation de Rio pour le mondial de football et, à présent, les jeux olympiques.

Le projet retratos do fim da linha (portraits de fin de ligne) tente de parler de ces quartiers oubliés et abandonnés car sortis de la « sphère productive » du Brésil, pays qui, comme le rappelle le texte d’introduction, a connu une phase d’industrialisation dans l’après-guerre parmi les plus intenses. Alors que le Brésil pourrait être un pays riche et prospère, on constate plutôt à quel point les élites se comportent en prédatrices, sans aucune considération pour le pays lui-même ou sa population. Cette totale absence d’éthique couplée à une avidité sans limite a abouti à une situation économique très tendue. Les inégalités, qui avaient commencé à légèrement s’estomper avec Lula, ont ressurgi de plus belle et, avec elles, les violences. Violence directes des pauvres entre eux et avec plus riches qu’eux, et violence indirecte sur le mode de vie et les conditions de vie de la plus grande partie de la population prise en otage par des dirigeants d’abord soucieux d’eux-mêmes. Bien entendu, toute comparaison avec la France serait fortuite…

Le photographe Pierre Vicarini est l’auteur talentueux de ces vues d’habitations nichées dans des friches industrielles polluées mais récupérées en dépit de leur insalubrité. Les portraits des habitants sont malgré tout porteurs d’espoir, c’est sans doute le plus réjouissant.

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2 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

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  1. Pierre Chabat

    Bonjour Monsieur Brice Gruet,
    Un petit creux de géographie.
    A ne pas réagir contre l’érosion, le fossé s’agrandit tout doucement, sans que vraiment on ne prenne garde, il vient miner les fondations, saper les édifices, et transformer l’espace en un no man’s land, ou tout s’enchevêtre et où même les digues ont disparu, emmenés pas le temps et les flots. Plus rien ne sépare le bon grain de l’ivraie. Le fossé prend des allures de fosse emplie d’un mélange vivant porté par un désespoir endémique qui fait office de règle de vie.
    C’est bien ce que tous les riverains du fossé vivent et revivent au fur et à mesure que la démesure s’installe. Ainsi, tout le long de la ravine, qui s’est élargie et a grandi, un nombre croissant de riverains, très ravis de pouvoir trouver un vaste espace creux, certes, mais « formidablement accueillant » vient s’installer.
    Sur les hauteurs, très convoitées pour être bien abritées du grand brassage d’en bas, et difficilement accessibles tant elles dominent, la place est comptée, et le nombre des occupants grandissant par consanguinité, l’espace se régule par l’effet de la pente et l’accueil de « l’éden » du bas.
    C’est donc bien ici une question de géographie, qui anime cette logique existentielle des pays « au relief accidenté ». Les géographes ont trouvé, c’est bien ainsi que le monde doit fonctionner.
    Cependant, force est de constater, qu’en terrain plat, on observe une espèce de métamorphose morphologique. Des buttes apparaissent naturellement aux fins de trier le « bon du mauvais » et d’opérer à la hiérarchisation du mal-être. Pour aimer l’un, il faut détester l’autre et inversement. Son semblable ne demeure que son prochain et en vertu de quoi il n’est pas nécessaire et vital d’immédiatement s’en préoccuper. Et l’érosion des buttes recrée le fossé.
    De ces hauteurs là, l’épervier est roi, et si majestueux lorsqu’il prend son envol, toutes plumes déployées et la prédation au bec. Le souci de manger n’est pas un problème tant le mulot nourricier abonde alentour tout le long du fossé, et quand même viendrait-il à manquer, il n’y aurait aucun mal à l’élever étant bien rassemblé et affamé.
    Brésil, Inde, Guatemala, Indonésie, Malaisie, Corée, Mexique… y compris les Pays bas et Cuba, en sont là, convaincu du bien fondé de cette ingéniosité machiavélique mais très éprouvée. Il n’y a pas d’ombre sans lumière, il faudrait choisir son coté, et à moins d’établir une totale obscurité, ou taper dans la butte, il n’y aura jamais d’égalité.
    Aménager le fossé est tout de même, je vous l’accorde, une réelle possibilité, mais à laquelle je préférerais bien volontiers que l’on s’appliquât à rétablir l’escalier qui permet d’accéder par pallier au haut de plancher, ou tout au moins crée, et développer, le lien entre plein et délié. La question est donc bien un problème d’échelle que l’on tarde vraiment à déplier, laissant penser, qu’entre la cave et le grenier, seul un mur horizontal suffit à maintenir l’ensemble. Mais au bout du compte, l’instabilité de l’édifice aura tôt fait de provoquer l’écroulement du haut, qui viendra de la sorte un peu combler le fossé et peut-être ainsi l’élever.
    Bien cordialement
    Pierre Chabat

    Publié le 18 janvier 2016 à 09:50
    • Il s’agit là, dans le cas du Brésil, d’un grave problème injustice spatiale. Éliminer les inégalités paraît irréaliste, mais les atténuer, c’est une nécessité, sinon cela se paie par une violence sociale inouïe. Il s’agit donc, avant tout, de politique.

      Publié le 18 janvier 2016 à 10:22
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