Zika, un virus aux effets inattendus?

Dispersion du virus Zika, d'après Le Monde

Dispersion du virus Zika, d’après Le Monde

Le virus Zika continue d’inquiéter, mais la couverture médiatique le concernant reste plus faible que pour le virus Ebola, aux effets plus meurtriers et spectaculaires. Venu d’Afrique, le virus est transmis par un moustique du genre ædes (ci-dessus l’ædes ægypti). On incrimine le réchauffement climatique pour expliquer la plus grande diffusion de ce virus, qui a voyagé aussi par l’intermédiaire des supporteurs du Mondial de football venus d’Afrique. On peut s’interroger sur ce traitement médiatique qui privilégie systématiquement le sensationnel. Ce n’est pas une nouveauté bien entendu, mais la caisse de résonance que constitue le Réseau laisse libre cours à des interprétations très contrastées.

Bébé normal et atteint de microcéphalie, d'après le site http://www.cdc.gov

Bébé normal et atteint de microcéphalie, d’après le site http://www.cdc.gov

Dans le cas du virus Zika, il y a les polémiques autour des causes des cas de microcéphalie constaté dans le nord du Brésil. Tandis que des sites généralistes relaient l’information évoquant la possible corrélation entre usage de pesticides et microcéphalie, d’autres proposent carrément d’assimiler ces hypothèses à des « hoaxes », de vulgaires canulars. Mais comme cela engage les grandes firmes responsables de la fabrication de ces pesticides, on peut comprendre qu’il vaille mieux pour ces dernières parler de hoax. Il serait naïf d’ignorer les problèmes de conflits d’intérêt et les intérêts financiers tout court engagés par ces polémiques. Or, face à ce genre de problème, les grandes firmes ont presque toujours la même attitude: semer le doute en disant qu’il n’y a « aucune base scientifique », formule assassine, ou ne rien dire du tout, comme si le silence équivalait à condamnation. Et malheureusement, ce ne sont pas le déclarations des gouvernements qui peuvent rassurer quand on connaît le degré de collusion entre grandes entreprises et instances sanitaires, en Argentine et au Brésil.

Où se situe la vérité? Les défenseurs des OGM, pesticides, herbicides et autres moyens techniques sophistiqués sont en général de grands défenseurs du « progrès ». Ils pointent les dangers de ce qu’ils considèrent comme de l’obscurantisme écologique et pourfendent les propagateurs de la décroissance. Une abomination pour eux, car on touche au mythe de la Croissance!

Citerne pyriproxifène

Depuis 2014, l’insecticide Pyriproxyfène a été utilisé pour tuer les moustiques dans les citernes d’eau au Brésil. Citerne de l’état de Bahia, nord est du Brésil. Photo: Francois Le Minh via Flickr.

La polémique non éteinte autour du lien potentiel entre pesticides et microcéphalie renvoie au problème de la responsabilité. Or, ce qu’ont remarqué les médecins intéressés par ce problème, c’est que le nombre de cas de microcéphalie n’a pas mécaniquement augmenté avec le nombre de cas d’infection du virus. en revanche, les régions concernées par le pyriproxyfène ont connu une hausse de cas de microcéphalie. Cela rappelle furieusement les déconvenues liées à l’utilisation du DDT contre les moustiques. Au début considéré comme produit miracle, on a ensuite découvert que le DDT entraînait de sérieux problèmes de santé et avait des effets environnementaux délétères. Mais les premiers mouvements citoyens de contestation de son usage ont été ridiculisés ou méprisés…

La question de l’information et de la prise en compte des inquiétudes locales sont donc des éléments très importants dans ce genre de crise sanitaire. On n’y répond pas par le mépris. Et la cartographie locale de la maladie permettrait sans doute de mieux comprendre ce qui est à l’œuvre. Mais souvent, les remèdes ont été pires que le mal.

La page de l’OMS sur le sujet.

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3 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

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  1. ARARAT

    Excellent article, très scientifique alors que les problématiques de la santé sont très difficiles à traiter. Satisfaite de constater que le rapport entre l’épandage et l’usage de certains pesticides et l’apparition d’assez nombreux cas de microcéphalie au Brésil, mis en évidence par certains chercheurs reconnus sérieux, ait été évoqué ici.

    Publié le 12 avril 2016 à 14:16
  2. Pierre Chabat

    Bonjours Monsieur Brice Gruet,
    Relativité géographique.
    Certes, vos propos ne manquent pas de nous rappeler la prépondérance financière des grands groupes de chimie agroalimentaire, au détriment de la santé publique. Et il y a ici effectivement de quoi les suspecter d’empoisonner impunément le monde avec des substances nocives. Mais s’agissant de fléaux meurtriers, celui que vous évoquer, à savoir l’effet présumé du virus Zica, il reste, en conséquences mortelles, très en deçà pour l’instant de la triste réalité du Brésil. Ce pays enregistre actuellement un record macabre de morts par homicide (56 000 par an) au point d’avoir atteint le chiffre de 600 000 morts depuis 2000. On pourrait également dénoncer le laxisme des services de sécurité routière Brésiliens devant l’hécatombe qu’ils contemplent eux aussi impunément : 129 morts sur la route par jour, 47000 tué en 2013.
    Si je comprends et apprécie votre dénonciation du mensonge économique, une certaine réalité géographique fait cependant à mon sens ici défaut, rendant votre article incomplet. Le moustique reste de loin, à en croire les analyses de l’OMS l’animal le plus meurtrier sur terre puisqu’il tue par les maladies qu’il propage 725 000 personnes par an. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que nous cherchions à éradiquer ce prédateur par tous les moyens. En indiquant que le remède est en l’occurrence pire que le mal, alors c’est d’en préconiser un autre qu’il nous faut faire, et ne pas systématiquement « jeter le bébé avec l’eau du bain ».
    Si j’ose ici respectueusement la critique eu égard à votre qualité, c’est que l’espace géographique, jonché de trous et de bosses, m’échappe un peu lorsque l’on parle de l’un sans évoquer l’autre.
    Bien cordialement
    Pierre Chabat

    Publié le 14 avril 2016 à 10:39
    • Cher Monsieur, bien sûr, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Mais ce sont les choix techniques qui posent souvent question, car ils sont rarement faits selon une rationalité scientifique à toute épreuve. On le sait bien par exemple, avec les alternatives au moteur fonctionnant avec les dérivés du pétrole: de nombreuses solutions existent, mais elles restent presque inconnues.

      Publié le 15 avril 2016 à 10:44
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