« Pristine white », le changement climatique dans l’œil de Timo Lieber

‘What should be pristine white is littered with blue’

« Ce qui devrait être du blanc pur (originel) est souillé par du bleu ». C’est par ce titre que débute l’article du prestigieux Guardian consacré aux photos de Timo Lieber. Superbes photos qui montrent la débâcle de la glace au pôle nord.

Le « changement climatique » ou encore le « réchauffement climatique », sont présentés comme des faits inattaquables. Et c’est vrai, le climat mondial a certes changé depuis un siècle.

Mais il a TOUJOURS changé! Et les pôles n’ont pas toujours été recouverts de glace. Ce qui est dérangeant, c’est la pensée unique dans les débats sur le changement climatique, et il repose sur un certain nombre de postulats, postulats qui appellent des attaques aussi peu subtiles de la part des climatosceptiques:

  1. Le climat change, et c’est une chose mauvaise en soi. Contra: rien ne change vraiment, c’est une erreur de perspective.
  2. L' »Homme » seul est responsable, et le seul facteur déterminant c’est le gaz carbonique. Contra: rien ne prouve définitivement que ce soit le gaz carbonique qui soit à l’origine de ce changement ou réchauffement.
  3. La seule façon d’éviter la « catastrophe » c’est de maîtriser la production de CO2. Contra: on ne va tout de même pas entraver la sacro-sainte Croissance mondiale au non d’une pseudo-vérité à peine corroborée. Continuons à développer l’industrie, et si jamais il y a des problèmes, la Technique trouvera des solutions.

Les géographes sont donc à la peine car l’art de la nuance auquel nous sommes habitués disparaît dans de tels débats très polarisés.

Pour en avoir une idée précise, nous recommandons cet excellent article de Pierre Pagney publié sur EchoGéo:

La climatologie française, la modélisation des climats et le réchauffement climatique : la climatologie en question

Autre étonnement, l’indigence (pour ne pas dire la nullité) de la culture géographique des influenceurs comme Yann Arthus-Bertrand, ou même Nicolas Hulot. Timo Lieber fait de fantastiques photos, mais comment les interpréter? Un désastre? Vraiment?

Reconstitution des variations de températures depuis l’ère primaire. Références: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:All_palaeotemps.png

  1. Le climat change, ce n’est ni bon, ni mauvais. C’est un fait. Nous sommes actuellement dans une période de réchauffement entre deux périodes glaciaires. C’est fondé sur de grands cycles astronomiques. En revanche, des épicycles plus froids ont pu prendre place à l’intérieur de ce grand cycle de réchauffement qui a démarré il y a 12 000 ans environ. Le tout c’est de s’adapter au changement. Tous les animaux adaptés au dernier maximum glaciaire ont disparu: mammouths, ours des cavernes, tigres à dents de sabre… D’autres espèces les ont remplacés. Le problème c’est que nous avons beaucoup de mal à vraiment évaluer la manière dont le changement va s’opérer.
  2. L’Homme est une abstraction: mieux vaut parler de sociétés, et il faut périodiser. En fait, cela fait environ 60 ans (l’après seconde guerre mondiale) que les sociétés industrielles (socialistes ou capitalistes) ont sciemment fait n’importe quoi avec l’environnement. Mieux même, pendant toute la guerre froide, plus on polluait, plus cela voulait dire que l’on avait une industrie puissante, donc une économie prospère. En revanche, bien d’autres sociétés sur terre n’ont pas engendré de tels déséquilibres. Et ces déséquilibres ont un caractère réversible, même si à l’échelle des temps humains cela peut sembler très (trop) long. Quant au rôle du gaz carbonique, il est probable, mais pas unique. On a le droit de se méfier en science d’une cause unique. Quid par exemple des cycles de l’activité solaire? C’est une piste importante mais trop peu explorée.
  3. Le mantra du développement durable est en fait comme cautère sur jambe de bois, car actuellement rien ne semble sérieusement remettre en cause la civilisation industrielle. Or, c’est la logique industrielle qui semble responsable de la plupart des déséquilibres actuels. Mais qui ose penser au-delà de l’industrie? Même nos sociétés censées être post-industrielles sont en fait totalement dominées par cette logique. Le plus triste, c’est que tous les penseurs critiques de l’industrie comme Ivan Illich, ou Herbert Marcuse  par exemple, semblent oubliés. Pourtant leurs critiques n’ont pas pris une ride. Mais la perspective de sortir de la période industrielle paraît inimaginable, ou alors elle serait comme le comble de la réaction historique. Dans tous les cas cette possibilité apparaît comme terrifiante ou irréaliste. Il faudrait plus d’audace.

Les photographies de Timo Liber peuvent donc inciter à réfléchir, mais pourquoi avoir peur? Ou plutôt, à qui profite la peur?

 

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  1. Pierre Chabat

    Bonjour Monsieur Brice Gruet,
    L’espace temps serait-il plus circulaire que courbe ?
    « L’industrialisation est le processus de fabrication de produits manufacturés avec des techniques permettant une forte productivité du travail et qui regroupe les travailleurs dans des infrastructures constantes avec des horaires fixes et une réglementation stricte. »
    Voici une définition que nos chers et « modernes » académiciens considèrent toujours adéquat.
    Sommes-nous bien persuadés que cette définition soit encore d’actualité, ou plutôt ne s’agirait-il pas aujourd’hui d’autre chose pour laquelle la forte productivité relève essentiellement du robot et non du travailleur, l’infrastructure plus souple et mobile que constante, la production uniquement du productivisme ?
    Dans ces conditions, « oser penser au delà de l’industrie » n’est plus une perspective, un effort à accomplir, un but à atteindre, c’est déjà une réalité et sous cette forme l’industrie n’existe déjà plus. Croire encore que c’est le travail qui fait vivre est une hérésie. C’est l’argent qui fait vivre et le travail est encore un moyen de s’en procurer, mais pas l’unique moyen puisque le commerce, le vol et l’esclavagisme… en sont d’autres qui eux sont toujours disponibles, en forte croissance et souvent préconisés.
    Le réchauffement planétaire largement constaté, pour lequel la contribution de l’activité humaine semble faire l’unanimité du monde scientifique, n’échappe pas à ce fonctionnement binaire. Y croire ou non n’est déjà plus la question, pas même que nier sa réalité. Voici un moyen de faire de l’argent, de l’audimat, du reportage facile et à moindre cout. Et pourtant il s’agit bien d’une menace globale, et comme toutes les menaces historiquement négligée, celle-ci prend le même chemin, c’est-à-dire qu’elle s’exécutera sans que nous l’ayons vraiment prise au sérieux.
    Déluge polaires, raréfaction de l’eau potable, ré-haussement du niveau des mers, épuisement des ressources énergétiques, minérales et alimentaires, pollution des espaces vitaux, disparition rapide d’espèces, …voici un descriptif non exhaustif et réel de la situation actuelle quotidiennement décrite et rabâchée sur les ondes hertziennes avec le concours d’une multitudes d’associations et d’organismes, ONU comprise, occupant plusieurs centaines de milliers de Personnes, au point de représenter une réelle nouvelle économie.
    Il n’empêche que, même dans un univers aussi hostile, notre survie va dépendre de notre faculté à nous adapter. Nous adapter signifie nous battre pour notre survie, pour notre nourriture, notre sécurité physique, nos biens familiaux et personnels, notre espace de vie, et cela, au détriment de la nature (c’est déjà fait) mais surtout à celui de nos voisins. Bien sûr cela ne sera pas le cas de l’ensemble de nos semblables et, comme d’ailleurs cela est déjà bien commencé, le grand massacre va prendre une inflexion colossale. Mais n’en a-t-il pas été de même, bien sur à des échelles variables, lorsque l’humanité a traversé des époques de barbarie sanguinaire, sans pour cela remonter au début du moyen-âge. Comment pourrait-on croire que l’humanité est pérenne puisque l’histoire nous montre bien qu’elle ne l’a jamais été.
    Les quelques 200 milliards d’hommes que la terre a vu transiter depuis qu’homo sapiens y fut nommé, n’ont surement pas vécu en toute sérénité et leurs vies ne se sont bien souvent pas interrompues d’elle-même. Je pense sincèrement qu’il aura existé plus de vilaines morts que de belles et que cela va se prolonger et s’amplifier de manière incalculable.
    En soulignant l’aspect victime de nos concitoyens vis-à-vis de certains avides de profits et totalement sans scrupule au regard de la nature, n’inversons-nous pas le rapport victime-coupable ? Les individus (moi y compris) ont une totale responsabilité dans ce joyeux massacre, tant en balançant à gogo des détergents dans nos rivières, qu’en utilisant l’avion de manière intempestive, ou en faisant la course avec des bagnoles sur des autoroutes payantes et donc recommandées, pour rejoindre des lieux de villégiature et enfin pseudo admirer l’efficacité du télésiège ou le degré de bronzage d’une plage plutôt que d’une autre. Il faut bien admettre que rares sont les individus qui contemplent avec un soupçon d’admiration un coucher de soleil hivernal ou les soubresauts d’une marmotte, malgré que tout « internétés » ils s‘émeuvent souvent d’un descriptif idyllique des mœurs du requin marteau ou du pingouin.
    Lorsqu’un agriculteur utilise un durcisseur de tige pour éviter à son blé de plier sous le vent ou l’orage, il ne fait pas appel à d’autres considérations que celles dont fait preuve son fournisseur de produit? Il est « monsantosien » autant que Monsanto lui-même et, il se fout pas mal de tout le reste. Il travaille à sa survie et bien qu’il en soit de plus en plus conscient continue à inonder le marché de la bouffe de produits mortifères. Certes, après nous avoir bousillés, il disparaitra à son tour par manque de débouché, mais sera remplacé par un autre productivisme beaucoup plus zélé. L’escalade est par conséquent commencée et ira dans ces conditions inéluctablement à son comble. Après le bleu et le blanc immortalisés par Timo Lieber, c’est au tour du « rouge » d’apparaitre.
    S’il est de coutume de considérer que l’espoir fait vivre, vivre sans espoir est tout de même un comportement largement adopté et rependu sur la planète au point de ramener nos vies uniquement au présent de l’espace temps. Qu’importe le passé et l’avenir, la messe est dite, le mal est fait, nous ne pouvons plus faire grand-chose que de subir ce « Global change », voici autant de propos que l’on pourrait rapporter de l’interview de beaucoup de nos semblables.
    Si par facilité d’esprit on a coutume d’attribuer essentiellement la disparition d’une civilisation à quelques désastres naturels, chute d’astéroïdes, éruptions volcaniques, séismes, tsunamis…on omet que principalement, c’est par déliquescence de ses structures internes qu’elle aura péri. Le dérèglement climatique et son réchauffement échapperait-il à ce constat ?
    Bien cordialement
    Pierre Chabat

    Publié le 21 février 2017 à 10:50
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