Pauvre Bill Gates… qui découvre le PIB

« La Vierge au chancelier Rolin » Peinture de Jan van Eyck, Musée du Louvre, vers 1435

« La vierge au chancelier californien » – Surface (Windows 8) fait de plus belles photos que l’iPad.

 

Bill Gates me fait penser à Nicolas Rolin (1376-1462). Ce chancelier du duc de Bourgogne était si riche qu’il eut peur de l’enfer et donna sa fortune aux  pauvres en bâtissant pour eux les Hospices de Beaune. Vivez pauvres, mais mourez dans des draps.

On ne sait si Bill Gates a peur de l’enfer, mais il dormait mal sur son épais matelas de dollars. Après avoir vendu à prix d’or des logiciels aux fabricants d’ordinateurs, il tente de s’appauvrir un peu en soutenant les vaccinations d’enfants dans les pays en développement. Avant de s’aviser qu’empêcher des enfants de mourir, c’est bien, mais les abandonner à la misère à la sortie de l’hôpital, c’est pas franchement class quand on affiche ses dons avec autant d’ostentation.

Voici que notre apôtre du bien-être se pique d’avoir découvert que la mesure de la pauvreté n’est pas satisfaisante. « Si nous voulons aider les pays pauvres, cessons de parler de PIB ». On dirait Sarkozy révisant son bac.

Le bon samaritain explique (Le Temps, 13 mai) que donner est un métier difficile quand on ne sait pas à qui donner. « Comment décider quel pays doit bénéficier de prêts à faible taux d’intérêt ou de vaccins bon marché, et lequel est en mesure de financer son propre programme de développement ? » Bill Gates,  pédagogue à partir d’une expérience d’enfant : « Aux Etats-Unis, par exemple, une encyclopédie vendue dans les années 1960 coûtait cher, mais était un investissement sûr pour les familles ayant des enfants studieux (je peux parler d’expérience, ayant passé des heures penché sur les nombreux volumes de la World Book Encyclopedia que mes parents avaient achetée pour mes sœurs et moi-même). Aujourd’hui, grâce à Internet, les enfants ont accès à une masse bien plus importante d’informations, gratuitement. Comment inclure ce facteur dans le PIB ? »

Morten Jerven, professeur adjoint de l’Université Simon Fraser au Canada, livre un travail de quatre ans sur la pauvreté en Afrique : Poor Numbers. How We Are Misled by African Development Statistics and What to Do about It, qui démontre de manière convaincante qu’une « partie importante des mesures de PIB que nous pensions justes ne le sont pas du tout ».

Ce qu’on savait déjà, c’est que le travail d’un paysan qui cultive son champ n’entre pas dans le PIB. Que les chiffres ne rendent pas compte de l’impact des téléphones portables dans l’économie, découvre le gentil Bill : « Lorsque le Ghana a mis à jour ses données il y a quelques années, son PIB a affiché une progression de 60%. Mais la plupart des observateurs n’ont pas compris qu’il s’agissait d’une anomalie statistique, et non d’une véritable progression du niveau de vie des Ghanéens. »

Bill découvre que le PIB n’est pas magique

On connaît pourtant bien les indicateurs du développement dans le monde tels que les publie la Banque mondiale : « la Penn World Table, publiée par l’Université de Pennsylvanie; et le Maddison Project de l’Université de Groningue, qui se fonde sur les travaux de l’économiste Angus Maddison, aujour­d’hui décédé« . Trois méthodes, trois chiffrages, trois résultats :  « Selon le cadre de référence utilisé, le Liberia est le 2e, le 7e ou le 22e pays le plus pauvre de l’Afrique subsaharienne en termes de PIB ».

Gates découvre les brouillards de l’économie, notamment le fait qu’on ne sait « absolument pas ce qui ­favorise (ou non) le développement (…). Les économistes utilisent de plus de nouvelles techniques, comme la cartographie par satellite des émissions lumineuses, pour documenter leurs estimations de croissance économique. Si ces méthodes ne sont pas parfaites, elles ne sont pas assujetties aux ­mêmes problèmes que le PIB ».

« D’autres systèmes de mesure du niveau de vie d’un pays sont tout aussi imparfaits, mais offrent des moyens additionnels de comprendre la pauvreté. L’un d’entre eux, l’indice de développement humain, tient compte des paramètres de la santé et de l’éducation, en sus du PIB » poursuit notre Pic de la Mirandole depuis sa Windows 8.

Pauvre Bill Gates ! Il faut te faire envoyer un manuel d’économie.

 

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Pour en savoir plus :

Cofondateur de Microsoft, Bill Gates s’occupe aujourd’hui, avec son épouse, de la Fondation Bill & Melinda Gates
Traduit de l’anglais par Julia Gallin© Project Syndicate, 2013

 

 

 

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