L’amour sans frontière de René Des-Cartes et Fédor Dostoïevsli

Francine Descartes (1635-1640)

On pourrait appeler ces histoires d’amour à Amsterdam en 1634 et à Saint-Pétersbourg en 1861 de « l’histoire ». Le passé ne justifie pas tout. On y voit plutôt de la géographie : non seulement, parce que ces petites gouttes d’amour, ardentes potions qui vont changer la vie de Descartes et de Dostoïevski, sont universelles mais parce qu’elles rappellent que les frontières n’existent que dans la tête des humains.

Des-Cartes, René, peu avant d’entreprendre son Discours de la méthode (1637) est un homme bien né, ayant porté les armes, causé dans les salons. Il a une liaison (« folie » ou « déraison« ) qu’on imagine comme une belle scène de genre, avec baratinage de la jeune Helena Jans au coin du feu ou sous la fenêtre ouverte par Vermeer, ayant échappé à la peste bubonique et aux maladies infantiles. Des-Cartes devient le père d’une Francine, Fransintge en flamand. Rien d’extraordinaire si ce n’est qu’il fournit un témoignage unique à la fois sur celui qu’on appellera par la suite Descartes. Un homme brisé par la douleur à la mort de sa petite Francine à l’âge de 5 ans. La petite, sous la plume de Jean-Luc Quoy-Bodin, est déjà philosophe : « De qui tenez-vous votre sagesse, mon père ? » Lequel doute, commence « à avoir raison de sa raison » . On voit un Descartes qui éduque Francine au cerf-volant, à la harpe, aux sons (avec des verres en cristal, ou un tambour pour imiter la colère de Dieu qu’il appelle « tonnerre » , en battant des mains pour fabriquer de l’écho, avec des toupies, jeux de dames). Reviennent les paysages de son enfance au bord de la Loire, ou à La Flèche. Brutalement, Francine meurt. Une douleur « innommable, car inconcevable » .

Le Canal Griboedov, Saint-Pétersbourg

La passion de Fédor Dostoïevski pour une étudiante de 20 ans sa cadette, Apollinaria Souslova, franchit la frontière du mariage que Descartes n’avait pas connu. Elle dévore Fédor, mais la belle, fille de moujiks, qui entretient des relations ambiguës avec beaucoup de monde dans l’aristocratie laisse plutôt planer « le doute délicieux qui consiste à ignorer si l’on est aimé« .

Même si elle trouve Dostoïevski laid, violent, elle prend l’ascendant sur ce démon « honnête et plébéienne fierté » . L’auteure du livre promène le couple à Paris, Baden, en Italie. « La muse s’amuse » , écrit Marc Lambron qui s’étonne, qu’elle ne s’épargne pas « les abysses de cette slavitude sentimentale [oscillant] entre la théière et l’insurrection » . Capucine Motte qui raconte l’histoire plante dans le décor des isbas traîneaux à clochettes comme à Hollywood.

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– Jean-luc Quoy-Bodin, Un amour de Descartes, Gallimard, 140 p. 14,90€

– Capucine Motte, Apollinaria, une passion russe, JCLattès, 296 p., 18,50€

 

 

 

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