La chimie va-t-elle quitter l’Europe?

Le Français Lavoisier, un génie de l’humanité

Bhopal, Seveso, Feyzin, Toulouse…. Pourquoi faut-il faire cette géographie sur les accidents de l’industrie chimiques au moment où l’Europe s’inquiète de perdre, après le textile et la sidérurgie, ce qui était un fleuron de son génie ? Un million d’emplois directs menacés, selon J. Ratcliffe, P-DG d’Inéos (51 usines) qui voit la Chine et les pays émergents bâtir les usines de demain, les chimistes européens quittant la Bourse devant les chinois PetroChina et Sinopec, l’indien Reliance Industries et le brésilien Braskem. « Comme un lapin pris dans les phares » dit-il avec un brin de cynisme, l’Europe hésite.

A M. Ratcliffe qui n’est pas connu pour être un grand bienfaiteur, on peut suggérer qu’avant d’appeler au secours les pouvoirs publics, il faut faire un travail sur ce que la chimie a apporté à l’humanité.  Pourquoi cette invention géniale de l’homme, à l’origine de la médecine moderne et de tant de produits novateurs dans les transports et l’équipement a-t-elle dévoyée en deux siècles ? Peut-on faire autant de reproches à la physique, aux maths, à la biologie, à la cosmologie ? Pourquoi la chimie a-t-elle trompé autant de monde ?

La chimie ne mérite pas la réputation qu’elle a. Certes, pour les chimistes, nous sommes tous de la chimie, nos corps sont matériels et la matière transformée par la chimie. Mais la chimie n’a pas donné de vision du monde en transformant le donné et en fabriquant des substituts. Appuyée sur la physique, elle n’a pas su s’adresser à l’homme en croyant que le confort et l’efficacité lui suffiraient. Elle a réduit le développement humain au développement des artefacts, obnubilée par le « faire », œuvrant par réduction et devenant matérialiste… L’extraction, la séparation, la purification l’ont amenée à porter au pinacle la synthèse (Hoffman, prix Nobel en 1981). Qu’est-il sorti de cette manufacture moléculaire ?

Explosion d’une usine Williams Olefin, située à Geismar, Etats-Unis, juin 2013 (1 Mort, 73 blessés)

Les chimistes d’aujourd’hui dans leur tour d’ivoire sont toujours les descendants des alchimistes, des cousins de Faust, des praticiens ésotériques derrière leur langage codé (Dagognet) pour des combinatoires élaborées dans le culte du secret. Pour les chimistes, la matière est symbolisée par des signes, puis modélisée. Mais dans quel but ?

Il faut pourtant se rappeler les si belles étapes : décomposer (Lavoisier, 1789), substituer (chimie du carbone, 1840), synthétiser (Berthelot, 1860). Marie Curie, Paul Sabatier, Ernest Rutherford, Dmitri Mendeleiev qui avez inscrit dans l’histoire cette continuité avec ce lointain aïeul qui, jouant déjà avec le feu, perfectionna un biface en tapant sur un silex…. Que de malheur son intrépide entreprise ne causa pas à sa descendance !

Pourquoi a-t-on laissé les chimistes être instrumentalisés par les industriels, massificateurs de production, concentrateurs de pôles gigantesques ? Sans doute, la valeur pour les chimistes n’aurait-elle été que matérielle ? La force du marché se serait imposée face à l’intérêt public ?  Le risque et la gratification valant mieux que la sécurité ?  Résultat en France : le principe de précaution bloque aujourd’hui cette science artificialiste contre la Nature.

Sous la plume des chimistes, il nous est arrivé de lire qu’il n’y a pas de bonnes ou mauvaises copies de molécule, juste des exemplaires originaux identiques ! Donc, pas de différence entre le chlorure de sodium de l’océan indien et les larmes d’un bébé… pour Jorge Wagensberg, directeur du musée de la science de Barcelone. Ni des substances toxiques, « juste des doses« …

Comment avoir après égalé Dante, Vélasquez, et devancé Beethoven dans la création, le chimiste Lavoisier jugerait-il ce que sont devenues ses inventions géniales ? L’énigme reste entière et en attendant l’Europe se désintéresse de ce qui a fait son talent.
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