« Gangnam style », l’Asie à la conquête du monde

Un être humain sur sept pourrait avoir vu sur la plate-forme Youtube une petite vidéo du nom de Gangnam . Ce clip du chanteur coréen Psy (prononcer Psaï, de son vrai nom Park Jae-sang) été posté il y a moins de six mois et a dépassé le milliard de téléchargements. Une performance qui défie l’entendement tant il est « peu » localisé, c’est-à-dire se référant au minuscule quartier chic de Gangnam, à Séoul, Corée du Sud.

 Une histoire banale si ce n’est que la planète sonore actuellement « américanisée » est en train de « s’asiatiser ». Cette parodie de K pop (pop coréenne) est appréciée d’abord des adolescentes, puis des garçons qui sont  entre 7 et 10 millions à la regarder chaque jour. A Paris, les fans se sont retrouvés lors d’une flashmob (mobilisation éclair) le 5 novembre 2012 au Trocadéro, en face de la Tour Eiffel, pour imiter cette trépidante « danse du cavalier ».

Selon le journaliste Emmanuel Poncet (Le Monde, 22 décembre 2012) qui trouve cette danse « kitsch » et « consternante », il faut y regarder à deux fois : Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies et David Cameron, premier ministre britannique se sont pris au jeu de la danse. Et Barack Obama qui a tenu à lui serrer la main prétendait être capable de danser sur Gangnam en cas de réélection alors qu’un de ses premiers succès s’appelait « F***king Yankees ».

Les valeurs adolescentes kawaïï (« mignon », en japonais) dépassent les frontières de l’entertainment anglo-saxon. Une nouvelle… Corée graphie des rapports de force culturels (Poncet).

Pour ceux qui connaissent la planète musicale, c’est une collision entre la techno (et tout ce qu’elle a de cul-cul la praline, écouter DJ David Guetta) et le très bling bling hip hop américain. Sans que cela pose le moindre complexe chez les ados asiatiques gavés de mangas et de vidéos. Psy a compris pendant les élections américaines qu’on pouvait utiliser les petites phrases chantées pour les populariser par la politique (Sweet home Chicago, par exemple de Robert Johnson).

Ce clip déjanté par ce « virus du cheval fou » rejoue un choc des civilisations selon Poncet en se moquant par les nœuds papillons et costumes flashy des goûts de luxe des nouveaux riches asiatiques qu’il assimile à un dandysme de masse. Il vérifie « le mystérieux pouvoir de ces haunting melodies, pop ou classiques, savantes ou commerciales, ces mélodies obstinées que le psychanalyste Theodor Reijk théorisait dès 1925« . Un retour au stade infantile qui méritait d’être chanté par un Psy… Et qui renvoie aux onomatopées de Lady Gaga (« gagaoulala »  dans Bad Romance, en 2009) jusqu’au Da Doo Ron Ron de The Crystals en 1963. 

Pour Poncet, ce sont les nouveaux cris de guerre contre la mondialisation cybermarchande que lance ce milliard de spectateurs « soumis, mais pas dupes ». « Corps, cœurs et cerveaux disponibles, mais joyeux. Idiots mais ironiques, nous exorcisons par la « danse du cavalier » une mondialisation dont nous ne serons plus jamais « The Champions ». Mais pour d’autres observateurs notamment américains, le fait que Psy ne soit pas non plus l’incarnation  du gars cool leur permet également de se sentir faussement supérieurs. D’autant que Psy surnommé le « chanteur bizarre » aimait la polémique sur fond de consommation de marijuana. Cette image des Asiatiques rassure les Américains et leur montre que ce qu’ils appellent avec condescendance « le péril jaune » n’est pas pour demain. Mais ils se trompent deux fois : ce n’est pas un « péril » et l’Asie va les battre à plate couture comme elle le fait dans la restauration. A suivre…

 

Pour en savoir plus :

Emmanuel Poncet, Éloge des tubes. De Maurice Ravel à David Guetta, Nil.
Et dans Le Monde, « Gangnam Style : la parfaite alchimie d’un tube », 22 décembre 2012.

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