Tornades

Les États-Unis sont un territoire violent. Cette phrase pourrait laisser croire que l’on évoque le port des armes à feu ou les violences urbaines.

Les images de la tornade d’Oklahoma City par lemondefr

Mais il s’agit avant tout des violences « naturelles », liées à l’immensité du pays et à sa configuration. La monstrueuse tornade de la banlieue d’Oklahoma City en est la dernière illustration.

En géographie, les rythmes du temps comprennent ceux des hommes, certes, mais aussi ceux de la Nature, et force est de constater que les aléas naturels sont très nombreux aux USA: tempêtes de neige, séismes, volcans, glissements de terrain, inondations, mais aussi cyclones et tornades, des « spécificités locales » qui traversent le territoire à longueur d’année.

L’obsession actuelle pour le « dérèglement climatique » donne donc beaucoup de relief à ces événements par ailleurs très impressionnants il est vrai. Mais leur banalité est un fait, dans le sens où ce sont des phénomènes qui se répètent chaque année, avec une gravité changeante.

Autrement dit, vivre aux États-Unis n’est pas de tout repos, et si la culture américaine cultive les contradictions dans son rapport à la Nature, ces désastres les confirment: en effet, alors que ce pays a été parmi les tout premiers à imaginer des parcs naturels, conçus comme de véritables « sanctuaires », intouchables, il n’a jamais hésité non plus pour saccager et mettre en coupe réglée ses ressources, au point de déclencher des catastrophes environnementales majeures comme les « dust bowl » des années 1930, ces tempêtes de poussière arrachée par le vent à des terres agricoles trop intensivement cultivées.

On pourrait ajouter beaucoup d’autres éléments de ce genre qui confirmeraient la violence et la précarité de la nature étasunienne.

Pour l’heure, ces tornades ont effectivement dévasté une large zone, en semant l’épouvante parmi la population, pourtant habituée.

Mais est-elle véritablement habituée? L’idée lancinante que la technique peut venir à bout de tout, même des forces de la nature, rend saugrenue la fragilité humaine face à ces puissances. Comme on l’évoquait à propos du Vésuve, cela nous dépasse.

Mais on pense tout de même que le climat dépend de nous.

Si seulement! L’idée que la présence humaine sur terre pourrait effectivement bouleverser le climat est en fait rassurante car cela nous donne l’impression de peser sur le destin de la planète. Mais les ordres d’énergie sont si disproportionnés que toutes les humanités ayant vécu sur cette terre rassemblées ne suffiraient peut être pas à contrebalancer l’effet d’une seule éruption volcanique capable, elle, de perturber l’ensemble des climats terrestres pour des siècles, voire des millénaires, comme cela fut déjà le cas à plusieurs reprises par le passé.

Il est vrai qu’en des temps fort lointains, les cyanobactéries sont mortes d’avoir fabriqué trop d’oxygène: nous respirons grâce à elles, car ce sont elles qui auraient engendré notre atmosphère actuelle.

Mais l’industrie humaine, si elle joue, joue de manière inconnue et marginale. Le plus inquiétant, c’est donc le fait que cela change malgré nous.

Nous ne dominons pas la nature, c’est elle qui nous domine. Mais peut être les civilisations « traditionnelles » à travers l’idée d’harmonie, avaient-elles trouvé la meilleure façon de dialoguer avec leur environnement?

La question reste ouverte. Mais les tornades vont continuer leur besogne en Amérique.

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