Cette Allemagne qui nous agace

Angela Merkel aime les Grecs

L’Allemagne d’Angela Merkel nous agace. En traînant des pieds pour aller aux urnes, elle vit sur une rente de situation construite par le socialiste Gerhard Schröder au début des années 2000 qui a libéralisé le travail comme jamais.

L’Allemagne nous agace car elle ne connaît pas le chômage de masse, des millions de salariés acceptant des taux horaires descendant jusqu’à 5 euros. Mais ses berceaux vides créent un appel d’air migratoire méditerranéen et est-européen, les Turcs étant subitement choyés, grimpant en politique et dans la culture. Merkel est-elle en train d’inventer un modèle d’Europe ouverte, par les besoins de l’économie ?

 Qui sont ces 400 000 entrants dont l’Allemagne a besoin ? Des Grecs dont les parents, ayant travaillé en Bavière et revenus au pays, ont admis l’idée que leurs enfants devaient faire comme eux ? Les jeunes Grecs prennent des allers simples pour leurs villes natales où ils ont jadis appris l’allemand… Dur de s’installer dans un pays qui donne si facilement des leçons à Athènes. Mais parmi les 350 000 Grecs vivant en Allemagne, les jeunes sont autrement plus qualifiés que les anciens : chimie, machine-outils.. Et dans le million de migrants arrivés dans la seule année 2012, Espagnols, Italiens et Portugais jusqu’ici rarissimes se sont précipités en masse outre-Rhin.

Nathalie Versieux, correspondante de Libération à Berlin écrit : « Outre-Rhin, le discours sur l’immigration a changé au cours des dernières années. Les effets de la crise démographique se font en effet durement sentir. «Le phénomène est double,souligne Dirk Ulbricht, analyste à l’institut DI W de Berlin.D’un côté, on n’a pas assez de naissances, de l’autre, on a une population dont l’espérance de vie ne cesse de progresser.»Malgré cet allongement de l’espérance de vie, la République fédérale devrait perdre 5 millions d’habitants d’ici 2030 ; 15 millions d’ici 2050. Une vision apocalyptique pour les économistes qui se demandent comment le pays honorera sa dette, considérable, et financera ses budgets sociaux. Car si les arrivées sont nombreuses, les départs le sont aussi : Allemands de souche qui partent travailler vers la Suisse, Londres ou les Etats-Unis ; Polonais tentés par l’Irlande ou la Grande-Bretagne ; jeunes Turcs attirés par la croissance économique dans leur pays d’origine… Seuls 40% des nouveaux immigrés restent plus d’un an. La moitié des Grecs et des Portugais restent moins d’un an, selon des données officielles.(…) » Les postes sont si nombreux que les Allemands lancent des campagnes de recrutement en Europe du Sud, jusqu’à faire des entretiens d’embauche par Skype ! Et pour l’avenir, c’est la Pologne qui est visée.

Cela dit, les diplômés en sciences sociales ont du mal à trouver du travail, y compris à Berlin qui fait figure de mauvaise élève économique….

Ainsi, va aux urnes, une Allemagne qui s’ouvre grand aux frontières de l’Europe. Un cas à suivre…

 

 


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  1. dominique comte

    On dit volontiers que les jeunes ne connaissent plus de frontières (voir Erasmus par ex). Les difficultés démographiques de l’Allemagne montrent que ça n’est pas aussi simple que cela. On dit que 25% de nos jeunes français sont au chômage, pourquoi n’iraient-ils pas s’essayer à l’efficacité allemande? Il est vrai que le bien-vivre est chez nous… Le beurre et l’argent du beurre…

    Publié le 21 septembre 2013 à 09:57
    • Gilles Fumey

      Aller en Allemagne n’est pas une décision si facile (barrière linguistique) pour des jeunes qui n’ont pas vécu, directement ou par leurs parents une migration. Migrer, c’est tout un métier. Il faut des réseaux, de l’expérience, une forte envie. Les jeunes migrent vers le Canada ou l’Australie car ces pays véhiculent des mythes de vie facile, de plages en ville (Sydney). Mais l’Allemagne ?
      Ensuite, quand on parle d' »efficacité allemande », pour un jeune salarié, cela veut surtout dire un salaire horaire en dessous de notre SMIC.
      Enfin, le « beurre et l’argent du beurre », il y a des générations qui les ont eus, il faut s’en souvenir. Guillebaud qui fait partie de ces glorieuses générations d’après-guerre a écrit de belles lignes là-dessus.

      Publié le 21 septembre 2013 à 10:45
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