« Sherif Jackson », les femmes prennent le fusil

On n’y a pas toujours pris gare. Au fur et à mesure que la veine des bagarres entre Indiens et cowboys s’est épuisée dans les déserts et steppes de la grande Prairie américaine, le décor des films a glissé vers le Sud, reprenant ce thème de la frontière  menant vers l’or, et puis, plus tard,une frontière à repousser les limites du pays, réelle, politique, dure : la frontière avec le Mexique.

Sherif Jackson revient sur cette veine exploratoire de la frontière, de la nature hostile, du Mal qu’il faut terrasser, « de la rédemption, de l’hypocrisie religieuse, de la légitime violence au pays du deuxième amendement, celui qui garantit le droit à tout citoyen de posséder une arme. » (1) Voici donc Sarah, ancienne prostituée qui vit avec son compagnon mexicaine et qui l’attend un soir qu’il ne rentre pas. Elle soupçonne une vengeance du « prophète Josiah » (Jason Isaacs), gourou local qui sadise les hommes et séduit leurs femmes et filles. Parce qu’il a le projet d’avoir Sarah et que son mari lui répond sèchement, le cycle de la vengeance s’enclenche. Sarah, la pistolera, s’en prend à toute la secte. Sur quoi arrive le shérif Jackson (Ed Harris), extravagant personnage, qui recherche deux frères et surveille le gourou. Une rencontre explosive…

Sherif Jackson est un bon western en dépit des critiques qu’on a pu faire ici ou là. Le réalisateur, Noah Miller, détourne le genre, colle un peu trop près à Tarantino, notamment à cause de ce personnage de Jackson qui joue le justicier fou, dansant entre deux bagarres, s’amusant surtout quand il y a danger. On a quitté John Wayne et ses humeurs fermées.

Certains critiques se demandent si on est au premier ou deuxième degré, tant les personnages sont trop appuyés jusqu’à devenir des mystiques. Le faux prophète, en face, a tout d’une tête à claques, avec une cruauté gratuite, sa jalousie, sa polygamie, son vice et ses vêtements si soignés… Certes, on est un peu loin de La horde sauvage de Peckinpah.

Le film a été jugé « froid« , malgré ses coups de lumière. Pour qui aurait une sensibilité à la géographie, c’est un régal assuré. Au fond, que le western soit southern ne change rien à l’affaire. Les États-Unis comme la Russie, le Canada, la Chine et le Brésil sont des Etats qui souffrent d’avoir des espaces très grands, trop grands. Sherif Jackson donne à comprendre comment intégrer cette question de géographie dans une mythologie nationale.

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(1) T. Gandillot, Les Echos, 9 octobre 2013.

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  1. Manouk Borzakian

    Un film d’apparence déroutante.
    Mais attention: le Sud des États-Unis n’est pas le « Sud »: tout ce qui est sur la rive droite du Mississippi est à l’Ouest et les réalisateurs de westerns ont déjà depuis longtemps arpenté le Texas et surtout le Nouveau Mexique (où se joue Sherif Jackson).

    Publié le 11 octobre 2013 à 12:21
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