Dans l’arène des négociations climatiques, à Varsovie

Les aficionados des négociations climatiques se sont donnés rendez-vous dans le stade national de la capitale polonaise, flambant neuf pour les négociateurs professionnels, membres d’ONG, journalistes ou représentants de la société civile qui deviennent des marathoniens. Il faut du souffle pour parcourir les étages et allées de cet ovale géant, trouver les salles ou passer d’un secteur à l’autre. Stands de boissons, d’entreprises et d’organismes divers permettent au coureur de faire une pause avant de repartir de plus belle sur sa lancée.

Le lundi 18 novembre 2013, les co-présidents de la 19e Conférence des Parties (COP) ont produit un premier texte (« draft ») concluant la « plateforme de Durban » engagée il y a deux ans. C’est ce texte, déjà un peu modifié en début de semaine, qui est âprement débattu par les Parties ces dernières heures. Débats qui risquent de se prolonger jusqu’au samedi 23 novembre.

Au menu des blocages patents : la question du financement des différents fonds, dont celui pour l’adaptation, la prise en compte des « pertes et dommages » induits par le changement climatique et la rédaction (hypothétique ?) d’une feuille de route pour un accord global lors de la future COP en 2015. Quant aux objectifs de réduction chiffrés des émissions de gaz à effet de serre (GES), peu d’avancées sont à attendre à Varsovie, alors que le Japon a annoncé abaisser ses objectifs de réduction de GES en 2020. Une série de déceptions pour beaucoup. Certaines grandes ONG ont même décidé de claquer la porte du stade jeudi 21 dans l’après-midi pour exprimer leur mécontentement.

On retient aussi de ce draft la primauté donnée à la « mitigation » des GES : le mot est cité 18 fois, contre 9 pour « adaptation ». Une position pas forcément gagnante puisque des incertitudes subsistent quant à la responsabilité des GES d’origine anthropique dans le changement climatique. Et qu’une réduction n’aurait certainement pas d’effet à court terme alors que les hommes sont très vulnérables aux événements climatiques extrêmes, le cyclone Haiyan l’a encore cruellement montré.

La COP ne se résume pas aux négociations climatiques. C’est une occasion d’échanger, soit dans le stade, soit à l’extérieur. Plusieurs conférences sont organisées rassemblant des intervenants du monde entier. Et si les questions climatiques permettent parfois de cacher des enjeux géopolitiques, ils surgissent parfois en arrière-plan : ainsi, une conférencière parle de l’évolution climatique de Taïwan, « île située entre le Japon et les Philippines ». Les cartes présentées ne montraient jamais un certain pays légèrement à l’ouest de Taipei…

Hors du stade, des petites manifestations sont organisées, vite contrôlées par des policiers en surnombre (environ un gilet jaune tous les 20 mètres autour du stade). Les jeunes ont aussi leur QG où sont débattues les positions de la « nouvelle génération » : un immense bâtiment sur l’avenue royale de Varsovie, sorte de squat avec lustres, wifi, thé et pommes à volonté. Une ancienne scène de théâtre permet même de répéter les actions qui seront engagées les prochaines heures.

Pascal Canfin, Laurent Fabius et Philippe Martin, arrivés à Varsovie en ces derniers jours de négociations, sont dans le stade aux vitres lustrées et moquettes épaisses. Une présence quasi obligatoire dans la mesure où la France accueillera la COP 21 en 2015, au Bourget. Exit les trams jaunes, bienvenue au RER B… D’ici là, il ne faut pas être grand clerc pour dire que le stade de Varsovie accouchera d’une souris. A moins que quelqu’un ne ravive au dernier moment la flamme… climatique.

Alexis Metzger accrédité avec CliMates (http://www.studentclimates.org/)

Ci-dessus: le stade de Varsovie

 

 

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