Mandela, un saint venu d’Afrique ?

Aux obsèques de Madiba, hommage mondialisé

L’histoire récente est-elle riche de grands hommes ? Alors que quelques démocraties occidentales toujours promptes à se penser comme des modèles ont mis à la porte des hommes politiques assez médiocres pour  ne pas dire plus, l’Afrique subsaharienne vient de nous donner une icône qui n’est ni musicale, ni sportive, mais politique et, peut-être même quelque part, religieuse. Une icône qui porte un prénom si britannique, américain et brésilien. Un héros mondialisé*. Un peu à l’image de François d’Assise, Shakespeare, Pasteur, Roosevelt…

On a bien entendu grincé de quelques dents mais c’était plus contre la récupération indécente que contre l’homme lui-même. Madiba le saint va-t-il inventer un culte mondialisé qui rassemblerait toutes les nations ? Ceci n’est pas nouveau. Des millions d’anonymes se sont émus à l’assassinat de Martin Luther King.

Mais le plus important est de savoir que sans s’être battu de manière violente, Mandela n’aurait rien obtenu. Mandela a été condamné à la perpète parce qu’il avait dirigé 193 actions de sabotage au motif que « la violence du peuple africain était devenue inévitable ».
Ce qui fait dire à Roger-Pol Droit, c’est qu’on a remplacé, pour cette « canonisation new age » les idées par des images et des mythes. Bientôt, craint-il, on aura des T-shirts comme pour Che Guevara qui seront « les vraies pierres tombales ».

« Les images proliférant à l’infini des Madiba fond d’écran, smileys, stickers et autres tiendront lieu, planétairement, de symbole passe-partout. On oubliera qu’il fut aussi « celui qui crée des problèmes » – ce que veut dire Rolihlahla, son prénom en langue xhosa. Il risque fort de devenir un signe illusoire de solutions toutes prêtes. Malgré tout, on aurait tort de se moquer, de condamner, de se désoler. Car il y a une dernière hypothèse à envisager. »

L’hypothèse que ces leaders comme Luther King ou le dalai-lama qui sont de grands désobéissants civils ne sont pas seulement des politiques, mais des « sages, des prophètes, des saints ». « Impossible malgré tout d’en faire seulement des hérauts de l’éthique, des modèles moraux, des exemples de vertus. Car ce sont aussi des meneurs d’hommes, des chefs de parti, des leviers de l’histoire« .

Cette recette qui fusionne la sagesse et l’action, peu de gens l’ont. C’est peut-être cela qui les isole dans ce panthéon fort peu peuplé de héros d’un genre nouveau.

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Source : Roger Pol-Droit, Les Echos, 13 décembre 2013

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