La France exporte ses riches

Source : http://expatenvrac.com/pays-francais-expatries/

On se plaint souvent des globe workers, jeunes ou adultes qui quittent la France pour travailler dans un pays étranger. Pas de vacances pour eux, mais un job, une « opportunité ». On a chiffré leur nombre en 2011 à environ 100 000 personnes. Soit 25% de plus qu’en 2007 avant la crise, d’après l’OCDE. L’équivalent d’une ville comme Calais, Colmar ou Nancy « qui disparaît chaque année«  pour reprendre l’expression catastrophiste de François Lenglet.* Cet exode alimente une France de l’extérieur qui compte un peu plus de 2 millions d’habitants, s’accroissant de 5% par an, avec une pyramide des âges très différente de celle de la France continentale.

La France a moins été un pays d’émigration et elle est restée un peu loin des grandes migrations européennes vers l’Amérique qui a poussé 40 millions d’entre eux à tenter leur chance dans ce « Nouveau Monde ». Mais la France a poussé dehors quelques centaines de milliers de protestants (souvent riches et entreprenants) après la révocation de l’Edit de Nantes en 1685 ou à la Révolution.

Aujourd’hui, les départs mis sur le dos d’une forte pression fiscale (60 milliards supplémentaires depuis 2010, à partager entre l’ancien et l’actuel gouvernement) augmentent, notamment pour ceux redevables de l’ISF (quelques centaines par an).

Un phénomène de mode ?

Les départs concernent surtout les jeunes à revenus modestes. 27% des jeunes diplômés à la recherche d’un emploi se verraient bien à l’étranger. Une part qui s’accroît d’année en année, imputable à la crise. Mais la situation est bien pire en Europe du Sud, où des régions entières se vident (400 000 Espagnols ont quitté le pays en un an), surtout vers l’Allemagne. Pendant ce temps, des populations âgées riches cherchent refuge dans des pays plus ensoleillés…

Rappelons-nous qu’il y a trente ans, on se plaignait d’une France trop casanière, qui n’exportait pas ses idées. Aujourd’hui, la saignée est autrement plus grave. Les universitaires connaissent tous des jeunes talents qu’ils ont formé et qui ont migré vers les Etats-Unis, la Suisse ou les pays d’Asie de l’Est. Une perte sèche énorme. Mais l’émigré peut jouer un rôle comme tête de pont vers de nouveaux services comme l’économie numérique, en France même : ne dit-on pas que la France, absente dans le hardware numérique pourrait devenir pionnière dans le développement des applications ?

Tous les courants migratoires de travail sur la planète sont des échanges complexes d’argent mais aussi d’idées, d’opportunités. On le voit déjà en Afrique subsaharienne où une partie des migrants alimente le renouveau économique de cette région du monde.

 

 

 

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* Le Point, 2 janvier 2014

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