Décapitations: la terreur franchisée

L’actualité apporte sa moisson de nouvelles macabres, et celle de la mort de l’otage français Hervé Gourdel enlevé en Kabylie n’est pas la moins frappante. Comme Geographica a pu parler d’une mondialisation des attentats-suicide ou des immolations par le feu, on peut aussi se demander si une « tendance » mondiale ne mettrait pas à l’honneur une pratique héritée d’un autre âge mais brutalement revenue sur le devant de la scène à la faveur des guerres et violences du Proche Orient.

On a pu lire que le recours à la décapitation était une allusion, en islam, à un verset du Coran qui « autoriserait » la décapitation des « ennemis » de l’islam. Il s’agirait des sourate 8, verset 12 et sourate 47, verset 4, cités par la revue en ligne Planet.fr.

Nous redonnons les traductions de Jacques Beque, un très éminent islamologue, traducteur du Coran:

Sourate 8, verset 12:

Lors ton seigneur inspire aux anges: « Je suis avec vous. Affermissez ceux qui croient. Je jetterai l’épouvante au coeur de ceux qui dénient.. Frappez-leur le haut du cou; faites-leur sauter les doigts. »

Sourate 47, verset 4:

Aussi, quand vous aurez une rencontre avec les dénégateurs,un bon cou sur la nuque! Une fois inanimés, serrez-leur bien l’entrave; après quoi, faire grâce ou rançonner, jusqu’à ce que la guerre dépose sa charge. Si Dieu voulait, il aurait d’eux triomphé. Mais (c’était) pour vous éprouver les uns par les autres.

(Le Coran, essai de traduction, Albin Michel, Spiritualités Vivantes, 1990)

Le premier passage s’adresse à des anges, et le second parle d’assommer les prisonniers, pas de les tuer…

On ne le redira jamais assez, mais un texte religieux est conçu pour être interprété, et l’interprétation (si on peut l’appeler ainsi) des pseudo-jihadistes de Daesh est, une fois de plus, d’un parfait littéralisme. Comme on a pu avoir l’occasion de le dire sur le blog de Libération, c’est ce littéralisme qui est un danger mortel pour toute religion et pour notre époque en général. Les manifestations en faveur de Hervé Gourdel de la part de musulmans français ont bien montré que la religion n’est que caricaturée et embrigadée dans un mouvement qui est d’abord politique.

Au-delà de ce littéralisme, on trouve, cela a été souvent dit, le souci de communiquer et de faire passer un message de terreur. Cela fait aussi penser aux stratagèmes des petits groupes qui par le passé ont voulu imposer leur hégémonie sur de grands empires. On peut songer, par exemple, aux barbares qui ont envahi le nord de l’Italie dans l’Antiquité tardive et qui, pour pallier le petit nombre, faisaient preuve d’une violence inouïe pour terroriser leurs ennemis et les conduire à se soumettre sans quasiment combattre. Cela a donné de bons résultats, c’est certain.

Il semble que l’on retrouve cet aspect dans les décapitations commises par Daesh et ses affidés. Affidés, car le concept de la violence comme arme de communication se retrouve dans différents groupes: le groupuscule de Kabylie a parfaitement repris à son compte cette approche et le résultat en est effectivement effrayant.

Mais ces décapitations sont-elles pour autant « moyenâgeuses » comme on a pu le lire ici ou là? Non, car les techniques de mise en scène et de diffusion sont parfaitement modernes. Il reste à se demander si cette vogue macabre va encore se diffuser? Que pourrait-on imaginer de pire ensuite? Car la décapitation fait partie des exécutions les plus spectaculaires en raison de la mutilation induite.

Selon le site Planet.fr encore:

« … la chercheuse Myriam Benraad qualifie cette stratégie de « surenchère dans l’horreur« . En résumé, plus un groupe islamiste verse dans l’atroce et l’abominable, plus il sera considéré par ses pairs comme « pur » et déterminé dans le combat qu’il mène. »

Mais c’est une logique de mort qui, à terme, ne peut qu’aboutir à l’impasse. Elle implique une fuite en avant qui risque de retourner même les plus favorables contre les ultras. Mais nous entrons dans un domaine où le macabre règne, et où le simple fait d’être ressortissant européen laisse planer le risque d’us mort absurde et violente. Une logique d’opposition primaire et stupide.

On en revient donc à cette logique de terreur pure et dure. On pourrait gloser sur la pertinence du terme terroriste dans certains cas. Mais ici, s’agissant de civils parfaitement séparés des terrains de guerre, on voit bien que le but est de terrifier, de déstabiliser et d’écœurer.

Les attentats de septembre 2001 ont ouvert la porte à tous les amalgames sur les religions et l’islam en particulier. Nous allons sans doute encore souffrir pour longtemps de ces caricatures qui valent pour raisonnement. La nuance et la conciliation, si elles ne sont pas mortes en 2001, sont pour le moment portées disparues…

La géographie culturelle a pour but, notamment, de mieux faire se connaître les peuples. Elle agit dans un sens de concorde et de découverte de l’autre. C’est sans doute l’un des principaux écueils de notre époque que de favoriser l’absence de nuance, la grossièreté et l’insulte contre la conciliation. Encore un peu de patience?

En une: photo de Yann Arthus Bertrand, Tapis à Marrakech

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