Simon Estrangin : la révélation de l’année 2015

Ceux qui lisent Geographica savent que le lyrisme n’est pas un tic de la maison. Que nous manions plus souvent la botte d’orties que le baume Saint-Vincent. Pourtant, ici, nous allons sortir les lauriers. Pour l’été et le reste de l’année 2015. Pas moins.

Estrangin photoCar s’il n’y avait qu’un livre dans vos bagages cet été, ce devrait être celui-ci. 154 pages délicieuses, poignantes. Une géographie du monde qui sort des tripes d’un lauréat de l’agrégation de géographie pratiquant l’aquarelle et qu’on n’aura pas le mauvais goût de ranger dans les peintres du dimanche. Simon Estrangin plonge au fond de lui-même pour en sortir les sensations qui lui donneront cette écriture très poétique du voyage en Argentine, Bolivie, Pérou, Chili et Patagonie. Sur la route de ce voyageur accompagné par Claire dont il loue la patience, on passera à Cuzco, sur l’archipel de Chiloé, on longera le Titicaca et l’Atacama qui donneront au géographe toute la mesure de son talent. Comme Cézanne au pied de la Sainte-Victoire, Simon Estrangin taille une réputation nouvelle à ces sites que les populations locales ne voient pas et que les touristes en troupeaux ajoutent banalement à leur tableau de chasse.

Géographiant : voilà comment le voyageur se cherche, se laisse faire, refusant, tout compte fait, d’hypostasier le voyage. En conversant « par le corps entier tenu avec les lieux traversés, avec les rencontres, avec le déplacement c’est-à-dire avec ces trois sens du passage ».

Les Ecrins par S. Estrangin

Les Ecrins par S. Estrangin

L’auteur est un aquarelliste inspiré, talentueux dans sa découpe des reliefs qui rappellerait les dessins de nos meilleurs géographes, de De Martonne à Roland Courtot appréciés pour leurs esthétiques paysagères.

Impossible à raconter, les émotions de notre géographe sont celles d’un rapport physique avec l’espace, la température qu’il fait, la lumière, le chant des oiseaux. Pas de niaiseries ni de facilités, au contraire. Estrangin bouscule, dérange, prend à revers le lecteur, appelle à la rescousse Humboldt, Nietzche, Segalen, passe le « peigne à pou » dans la géographie universitaire. Il y promeut une géographie errante, vagabonde, sans magistère. Quelque chose de délicieusement iconoclaste pour reprendre le mot de Serge Michel, un éditeur bien inspiré de nous avoir donné la superbe voix de ce premier livre.

________

Simon Estrangin, Traversations sud-américaines. Vers une géographie du voyage, Editions Livres du monde, 2014

Un très bel article de Michel Sivignon sur le site des Cafés géo ici

Simon Estrangin sera invité au Salon du livre du Festival de géographie de Saint-Dié les 3 et 4 octobre 2015

2 041 vues

1 commentaire a été rédigé, ajoutez le vôtre.

Laisser un commentaire

  1. Un homme de don également puisqu’il m’a légué, après son départ de la Réunion,du papier aquarelle, une pochette d’emballage etc… de quoi réjouir un carnettiste-passionné comme moi alors bonne route mon ami et félicitations pour la qualité de ton travail !

    Publié le 20 juillet 2015 à 12:29
%d blogueurs aiment cette page :