L’hiver se meurt et ne prend pas vigueur

Des vieux dictons de la Chandeleur (qu’on anticipe), « l’hiver se meurt et (ne) prend (pas) vigueur » convient pour le Noël 2015, à condition d’utiliser la négation. Déjà, les marchands de loisirs dans les Alpes se plaignent de leur malheur aux télévisions très contentes de se nourrir de la poisse du monde.

Au Québec, pourtant, l’hiver était arrivé dès le mois d’octobre et même en avance, la neige « reçue quatre jours plus tôt que prévu » (sic).  Alors que la saison commence dans le calendrier ce mercredi, au solstice, ce sont les plaintes contre les saisons qui ne viennent plus. Il n’y aurait plus de saison ? Martin de La Soudière répond que le temps est autant un fait qu’une perception. L’historien François Walter enfonce un pieu dans la neige : « L’année moyenne et le temps normal n’existent pas ». Il faut cesser de penser que nos hivers sont détraqués (1).

Les Rousses, 1977

Les Rousses, 1977

L’hiver est le moment de l’exceptionnel : la douceur, le gel et même la neige. Walter cite Colette : « Il y avait dans ce temps-là de grands hivers… » « Aucun hiver n’est plus d’un blanc pur à la base d’un ciel bourré de nues ardoisées, qui présageaient une tempête de flocons plus épais, puis un dégel illuminé de mille gouttes d’eau et de bourgeons lancéolés. »

Certes, on se projette tous dans « son » hiver, on y loge ses états d’âme, on en parle pour parler de soi. Mais le Genevois François Walter ne pousse-t-il pas le père Noël dans le lac Léman en voulant voir l’hiver comme un symbole et non pas une saison ? Les hivers d’autrefois ne seraient donc que reconstruction de la mémoire ? Allons donc…

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(1) Hiver. Histoire d’une saison, Payot.

Photo en haut : Québec de Jocelyn de Sutton

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