Copacabana, un pape à la plage

Qui eût imaginé il y a quelques mois qu’un pape puisse, après avoir visité une favela, attirer plusieurs millions de personnes, autant qu’au feu d’artifice tiré chaque année à l’occasion du Nouvel An, sur la célébrissime plage de Copacabana ? Ce lieu de plaisir devenu une marque planétaire a pourtant un nom attribué par un… Bénédictin.

En effet, au sud de Rio de Janeiro, le district de Copacabana doit son nom à une bourgade… bolivienne. Il a été donné en hommage à Antonio de Desterro Malheir, moine bolivien  en rade au large de la célèbre plage en 1754 et qui a failli périr en mer. Au milieu du XIXe siècle, Copacabana en langue aymara kota kahuana, signifiant « vue sur le lac » Titicaca devient brésilien avec vue sur… l’océan.

Les JMJ à Rio

En fait de « vue », Copacabana offre surtout avec le développement du tourisme, une plage 4,5 kilomètres de sable dans un fond de baie, avec vue sur le Pain de sucre. On surnomme la plage Princesinha do Mar (Petite Princesse de la Mer). Le quartier  abrite quelques rues un peu chic de Rio, avec restaurants, banques et un  hôtel de luxe. La plage est devenue l’un des lieux les plus branchés de la jet set qui aime se déshabiller, faire la fête et rejoindre le peuple pendant le carnaval de Rio. Les Rolling Stones y donnent un concert célèbre en 2006 et c’est en hommage à ces musiciens qu’on a comparé, durant ces JMJ (Journées mondiales de la jeunesse) l’évêque de Rome d’origine argentine à une « rockstar ».

On oublie que les premières plages fréquentées par des populations autres que des pêcheurs l’ont été par les bourgeois de La Haye (Pays-Bas) à Scheveningen, puis les Anglais qui pratiquent l’otium l’hiver en Méditerranée jusqu’aux années 1920.  Au début de l’entre-deux-guerres, Juan-les-Pins (Provence) accueille les premiers touristes américains qui vont se déshabiller pour bronzer et faire la fête, écouter du jazz la nuit dans les cabarets. Les plages deviennent des lieux de farniente, de jeux d’eau, de nouvelles sociabilités. Le tourisme de plage à Copacabana démarre dans les années 1930 : assez vite, d’ailleurs car Rio est une des rares villes du monde à posséder sa plage en ville.

Immense place aménagée par la nature, la plage de Copacabana est devenue un lieu de pèlerinage le temps de la rencontre avec le pape François. Sur la photo, on peut voir des gens se baigner, comme si plusieurs mondes avaient cohabité pendant quatre jours. Très prudent sur les questions qui fâchent, l’évêque de Rome a surtout exhorté les foules à dépasser les mirages d’une vie égoïste, tournée vers la satisfaction des désirs personnels. En quelque sorte, un discours anti-plage sur la plage !

L’éditorialiste Jean-Pierre Denis (La Vie, 25 juillet 2013) voyait dans le rassemblement de Rio pour une jeunesse « globalisée » un acte de « communion collective et de confirmation personnelle. Un rite de passage à l’âge adulte, avec ce que cela comprend en terme de vocation et d’affirmation de soi (…) Les papes espèrent ainsi combler le vide laissé par l’effondrement de l’imaginaire politique et par l’épuisement de l’idéal consumériste ».

L’exploit est que de tels messages soient portés en des lieux très people. Copacabana est entré une nouvelle fois dans le club des hauts lieux de la planète, en bouclant la boucle ouverte par un moine bolivien.

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