L’Internet mondial à l’heure de la NSA

Qui dit toile dit araignée. C’est l’idée qui me venait en tête il y a des années en songeant au mot anglais web, qui désigne la toile de l’araignée. Mais au début du WWW (World Wide Web), l’enthousiasme l’emportait: un réseau mondial capable de mettre à notre disposition des informations de toute nature, c’était une situation tout à fait inédite, et qui le demeure encore.

A présent, grâce à la National Security Agency, nous savons donc qu’il y a une araignée. Et si l’on file la métaphore, cette araignée dévore sans arrêt ses proies, qui sont nos échanges sur le web. De toute sorte, puisque les moyens techniques de filtrage concernent à peu près n’importe quoi. On pourrait se dire que les braves gens n’ont rien à craindre puisque leur vie n’intéresse pas la NSA. Mais dans cette entreprise de paranoïa généralisée, tout peut les intéresser. Imaginez tout votre courrier postal systématiquement ouvert. Vous aurez alors une idée approximative du travail de ce monstre informatique appelé Boundless Informant, « l’informateur sans bornes », l’un des programmes utilisés par la NSA dans sa besogne. Cela a le mérite d’être clair.

Cette araignée informatique circule sur tout le web, où elle est censée y débusquer le subversif, l’ennemi, le terroriste. Au moment du Patriot Act consécutif aux attentats de 2001, personne n’a vu le vent venir. Pourtant, la NSA avait déjà connu son heure de gloire au moment de la guerre froide et particulièrement du Maccarthysme. Sinistre épisode, qui a tout justifié, y compris l’injustice  la plus totale. A l’époque, on avait imaginé un nouvel adjectif pour qualifier l’ennemi: les « unamerican activities », c’est à dire les activités non-américaines. Cela concernait beaucoup de choses, mais on n’avait pas alors les moyens techniques de scruter tous les échanges humains. A présent, c’est chose faite. Notre vie numérisée par l’entremise d’appareils subtilement imposés dans nos vies quotidiennes est rendue transparente par une organisation totalement opaque.

Tout le monde est suspect parce que le capitalisme américain a structurellement besoin d’un ennemi pour justifier sa mise au pas des consommateurs. Caricatural? L’angoisse du « terrorisme » a été savamment entretenue par la CIA qui, on le sait bien, a financé largement les Talibans ou les islamistes. Cela fait une transition évidente entre la guerre froide et la période actuelle. L’islamiste remplace le communiste car ils s’opposent tous les deux, au moins en apparence, au « modèle » américain.

Dans un tel contexte, le net apparaît comme une géniale invention de surveillance généralisée. Et les arguties juridiques qui permettent de justifier le fait de surveiller aussi bien les citoyens américains que les autres laissent songeur: comment ne pas parler d’arrogance vis à vis d’un pays qui piétine le respect des personnes au nom d’une lutte contre le terrorisme qu’il a lui-même favorisé?

Comment scruter la vie des autres

Les lignes que j’écris vont sans doute être passées à la moulinette informatique, mais c’est pour notre plus grand bien: les Chinois verrouillent leur système de l’intérieur: les USA le craquent et le violent sans cesse de n’importe où. Mais dans tous les cas la vie privée devient une notion très variable, et en tout cas soumise à la Raison d’État.

Vive la vie transparente!

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Sur la NSA

Sur Snowden

Ci-dessus: Localisation des collectes d’informations par la NSA en mars 2013

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