Prenez donc de la tambouille réchauffée du GIEC

Tout a-t-il été dit sur ce GIEC qui plastronne maintenant avec Al Gore pour avoir partagé un (très contesté) prix Nobel de la paix ? Il faut croire que non, puisque d’année en année, les rapports nous sont servis avec le même ton hagiographique. Même l’austère Journal du CNRS (qui publie tout de même en quadrichromie) y va de son couplet un tantinet ridicule : « Jean Jouzel, l’as des glaces« . Qu’on se le dise !

Le complice du Franc-Comtois Claude Lorius (Blue Planet Prize, tout de même) qui fait à Saclay des mesures isotopiques de l’oxygène et de l’hydrogène sur des échantillons de glace antarctiques n’était pas né de la dernière pluie. Fils d’agriculteurs bretons à une époque où la machine productiviste à polluer venait de démarrer, il s’entraîne à la chimie isotopique par la  mesure du deutérium dans l’hydrogène. Il est réquisitionné au GIEC depuis dix-neuf ans. Médaillé par Monaco en 2012, il nous concocte le projet de loi sur la transition énergétique.

L’esthétique catastrophiste engendrée par le réchauffement climatique

Cette belle saga nous porterait à l’émotion si elle aboutissait à davantage que ces pompeux rapports, comme ce 5e du nombre sorti le 27 septembre, écrit par 259 chercheurs, qui « nous laisse un peu froid » (J.-L. Porquet). Vi, la planète se réchauffe depuis soixante ans (à « 96% » de certitude, sic). Que le gain de température de 4,8% d’ici la fin du siècle est le plus probable, soit 98 cm de hausse du niveau des océans. Une hausse irréversible qui mènera la Terre à voir ce niveau là monter de dix mètres dans les siècles suivants…

Comment croire que ces cris du coeur vont se traduire par des mesures effectives quand on ne sait pas régler des casse-têtes comme la Syrie, la Grèce, les paradis fiscaux, de minuscules problèmes comme Florange, des inepties comme l’aéroport nantais  ?

« Là où croît le péril… croît aussi ce qui sauve« . Hölderlin, cité par H. Reeves, était déjà interné quand il a écrit cela… Porquet le rapproche du sage Bourguignon qu’est B. Latour : « L’apocalypse est notre chance » (1)… Dans deux ans, la conférence du GIEC sur le climat se tiendra à Paris. On s’en rappellera pour savoir si « le futur [qui aura] changé de forme » peut faire espérer des changements.

D’ici là, allez voir L’âge de glace qu’on a dû projeter au CNRS et dormez, bonnes gens. N’achetez pas votre maison de retraite sur un littoral trop plat.

 

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(1) Le Monde, 22/9/2013

 

Le Temps se demandait il y a quelques semaines si les experts du climat avaient changé. Edifiant. (Source de l’article ici)

Le réchauffement climatique s’apprête à opérer un grand retour dans l’actualité. L’instance internationale chargée de son étude, le GIEC va présenter à la fin du mois le premier tome de son cinquième rapport: un document publié tous les cinq ou six ans dans le double but de réunir les connaissances scientifiques sur le sujet et d’alerter les gouvernements du monde sur les risques occasionnés par le phénomène.

Les rapports du GIEC ont jusqu’ici fait référence. Et pour cause: ils résultent de la compilation et de l’analyse de dizaines de milliers de publications par des milliers de chercheurs répartis tout autour du monde, un effort remarquable et unique dans l’histoire de la science. Le volume sur les bases physiques du réchauffement et les trois volumes qui vont suivre d’ici au 31 octobre 2014 (sur l’impact du phénomène, les moyens de le contrecarrer et le tableau général) auront cependant droit à une ­attention particulière. Non parce qu’ils vont apporter des révélations sensationnelles: l’essentiel est déjà connu. Mais parce que leur auteur traverse une période de remise en question.

Après une année 2007 triomphale, au cours de laquelle le GIEC a publié son quatrième rapport et remporté le Prix Nobel de la paix, deux affaires sont venues ternir l’image de l’organisation. La première, baptisée le «Climategate», a résulté de la divulgation d’une série d’e-mails privés de professeurs de l’université britannique d’East Anglia, un des hauts lieux de la recherche mondiale sur le climat, en novembre 2009. Ces messages, au contenu ambigu, laissent entendre que certains chercheurs influents s’appliquent à «faire le ­ménage» dans leur discipline» afin de défendre avec plus de force leur vision du réchauffement climatique. Le scandale résulte d’individus et non du GIEC dans son ensemble. Et, selon huit enquêtes réalisées dans son sillage, il ne ­remet pas en cause le rôle de l’homme dans le réchauffement climatique. Mais il n’en a pas moins mis au jour des risques de partialité et d’abus de pouvoir.

La seconde affaire, baptisée l’«Himalayagate», a éclaté deux mois plus tard, en janvier 2010, lorsqu’une erreur grossière concernant le recul des glaciers himalayens dans le quatrième rapport du GIEC a révélé une série de dysfonctionnements au sein de l’organisation. Notamment un piètre contrôle de certaines sources, un choix discutable de certains auteurs, une énorme difficulté à reconnaître des erreurs et à répondre aux questions légitimes des médias. Une attitude qui n’a fait qu’exacerber les critiques.

(…)

L’InterAcademy Council a rendu le 30 août 2010 unrapport critique sur les pratiques du groupe d’experts. Après avoir confirmé une série de dysfonctionnements, elle appelé le GIEC à se réformer dans différents domaines pour conserver sa crédibilité. «La climatologie est devenue si centrale dans des débats publics importants, explique son rapport, que responsabilité et transparence doivent être considérées comme des obligations croissantes, et cela seul requerrait de revisiter les processus et les procédures du GIEC.»

Comment? Le document formule une longue liste de recommandations, qui reprennent en détail les points litigieux. Notamment le contrôle des sources, le choix des auteurs, la correction des erreurs, la communication, la structure de commandement et les conflits d’intérêts. Autant de conseils que le GIEC a passés en revue depuis, au cours de ses 32e, 33e, 34e et 35e sessions, tenues respectivement en octobre 2010 à Busan (en Corée du Sud), en mai 2011 à Abu Dhabi (aux Emirats arabes unis), en novembre 2011 à Kampala (en Ouganda) et, enfin, en juin 2012 à Genève.

Ces réunions ont débouché sur une large amme de réformes.  Pourtant, le bilan est mitigé. ­Nombre de recommandations de l’InterAcademy Council n’ont été que partiellement suivies (lire encadré ci-dessous). Qu’en déduire? Que tous les conseils donnés n’étaient pas pertinents? Que le GIEC reste assez sûr de sa réputation pour s’épargner certains des changements recommandés?

Sous le couvert de l’anonymat, un membre du GIEC donne une autre explication. Le caractère partiel de la réforme engagée ces dernières années serait plutôt dû à la complexité des mécanismes qui régissent le groupe d’experts. Les réponses aux recommandations de l’InterAcademy Council ont été formulées lors de sessions plénières de l’organisation. Très logiquement puisque ces réunions représentent l’autorité suprême du groupe d’experts. Or, à ce niveau, les décisions sont prises par les Etats, une ribambelle d’Etats. Et ces acteurs-là «ont des visions très différentes de ce qui doit être accompli et de la manière d’opérer». Par conséquent, on ne peut guère attendre d’une telle enceinte que des «consensus», arrachés parfois au terme de plusieurs rounds de négociations. En espérer des résolutions systématiquement claires et nettes est tout simplement illusoire. Et tant pis si certains observateurs restent parfois sur leur faim!

Pour le président de l’organisation, Rajendra Pachauri, la crise de confiance est résolue et son organisation est plus forte que jamais.  «Nous nous attendons à ce que le cinquième rapport soit le meilleur d’une longue série de publications destinées à informer les décideurs politiques sur l’état du changement climatique et les options existantes pour l’affronter, affirme le dirigeant. Il sera le plus détaillé jamais publié par le GIEC.»

 

 

 

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